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Hommage à Jeannine Yon

Nous avons appris la disparition récente de Jeannine Yon-Kahn, à l’âge de 93 ans. Jeannine était une personnalité remarquable de notre communauté scientifique, et tous ceux, très nombreux, qui l’ont connue comme enseignante et comme collègue, en gardent forcément le souvenir.

Directrice de recherche au CNRS, Jeannine Yon-Kahn a dirigé jusqu’en 1995 l’équipe de recherche qu’elle avait constituée à Orsay au début des années 60 lors de la création de la faculté des Sciences.
De formation universitaire, Jeannine Yon a commencé sa carrière en 1951 comme stagiaire de recherche au CNRS à l’institut de biologie physico-chimique (Paris) sous la direction du Professeur R. Wurmser. Ses premiers travaux consacrés à l’étude des protéases avaient pour objectif l’étude des processus catalytiques par des approches physico-chimiques.
Elle a souvent dit que sa rencontre avec des personnalités exceptionnelles comme celle de Kaj Ulrik Linderstrom-Lang, auprès de qui elle a effectué un stage dans le Laboratoire Carlsberg au Danemark, puis celle de Jacques Monod avec qui elle avait créé un enseignement de 3e cycle à la faculté des sciences de Paris avait été pour elle d’un apport inestimable.
Nommée Maître de Recherches en 1961, elle crée alors le laboratoire d’Enzymologie Physico-Chimique et Moléculaire hébergé par l’institut de Biochimie implanté à Orsay. Dès 1963, elle obtient le label du CNRS, et lors de la création des UMR, son groupe intègre l’unité qui deviendra l’IBBMC à Orsay.
Au cours des années 60 puis 70, son laboratoire devient une des équipes majeures et reconnues en enzymologie. Elle s’est attachée à ce que son équipe demeure à la pointe sur le plan méthodologique avec une utilisation très précoce d’approches comme la spectropolarimétrie, les cinétiques rapides (stopped flow) ou les méthodes de relaxation (T-jump).
Dès 1980, elle réoriente ses travaux vers l’étude du repliement et de la dynamique des protéines et elle est l’une des premières en France à développer les approches de dynamique moléculaire et de modélisation. Ces questions très peu en vogue à l’époque (sans doute moins d’une dizaine d’équipe dans toute l’Europe) ont connu dans les années qui ont suivi un essor considérable.
Sa contribution à l’organisation de la vie scientifique a été constante, avec sa participation au comité national de la recherche scientifique, la commission recherche du plan, le conseil d’administration de l’Université, le conseil du palais de la Découverte ...
Parallèlement à son activité de recherche au CNRS, elle a également eu une implication très forte dans l’enseignement universitaire de 2e et 3e cycles où elle a participé à la création d’un diplôme d’études approfondies d’enzymologie qu’elle dirigea pendant près de 25 ans. Sa carrière a été très productive ; au-delà des 250 publications et de la dizaine d’ouvrages qu’elle a écrits, elle a aussi contribué à former, au travers de ses enseignements, de ses fonctions de coordinatrice du DEA ou de directrice de thèse, un grand nombre de chercheurs et d’enseignants, et a eu un rôle important dans la création de la communauté de biochimie des protéines qui existe aujourd’hui.

Jeannine était une silhouette et une personnalité que l’on « reconnaissait » : un chignon inaltérable, une tenue impeccable en toute circonstance, une façon de prendre la parole avec assurance qui captait l’attention.
Tous ceux qui l’ont connue se souviennent sans nul doute de son allure, ceux qui l’ont côtoyée plus longuement se souviennent aussi de ses éclats de rire sonores, de sa curiosité de tout et de tous, de son appétit évident pour la science, mais aussi pour l’art, la cuisine, la culture en général.

par Communication - publié le