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L’I2BC rend hommage à Agnès Delahodde

C’est avec une émotion très vive et une douleur immense que nous faisons part du décès soudain d’Agnès Delahodde, survenu dans sa 61ème année, le dimanche 8 novembre 2020. Agnès était unanimement appréciée et respectée de tous pour ses très grandes qualités humaines et scientifiques.

Agnès Delahodde (1959 - 2020)
Agnès Delahodde (1959 - 2020)

Agnès Delahodde a mené la plus grande partie de sa carrière scientifique sur le site de l’Université d’Orsay et du campus CNRS de Gif-sur-Yvette, où elle a débuté sa thèse sous la direction de Claude Jacq au Centre de Génétique Moléculaire, l’actuel Bâtiment 26 de l’I2BC. C’était alors l’âge d’or de la génétique mitochondriale ; Claude Jacq, Jaga Lazowska et Piotr Slonimski, directeur du CGM, venaient de publier en 1980 la découverte des maturases, codées par certains introns des gènes mitochondriaux, et qui jouent un rôle important dans l’épissage de l’intron qui les code. Agnès travaillait sur les protéines codées par les introns ai4 et bi4, elle a en particulier contribué à l’expression depuis le noyau d’un gène hybride codant l’activité maturase bi4 et montré que la protéine codée par l’intron aI4 présente en fait une activité endonuclease. Elle a passé sa thèse le 18 juin 1988, a obtenu un poste de CR2 au CNRS dans la foulée et a développé ensuite ses recherches à l’Ecole Normale Supérieure à Paris où l’équipe de Claude Jacq s’était installée.

Au début des années 1990, elle a changé de sujet et s’est intéressée, toujours en collaboration avec Claude Jacq, aux protéines PDR pour « Pleiotropic Drug Resistance », qui sont des pompes d’efflux de drogues et a signé pas moins de 10 articles sur les PDR de levure. Cette connaissance des mécanismes de résistance aux drogues lui sera précieuse lors de la dernière partie de sa carrière. En 2000, elle part aux Etats-Unis et fait un séjour sabbatique à Dallas, Texas, dans l’équipe de Stephen Johnston qui étudie une nouvelle machinerie de dégradation des protéines localisée dans le cytoplasme, le protéasome, et chez qui elle contribue également à la mise au point de la méthode de ChIP-on-chip.

A son retour en 2002, Agnès rejoint l’équipe de Monique Bolotin-Fukuhara à l’Institut de Génétique et Microbiologie à Orsay. Elle revient alors à ses premières amours en étudiant les interactions nucléo-mitochondriales permettant de réguler globalement le fonctionnement mitochondrial à travers le facteur Hap4, la fraction mitochondriale de p53, ou la sous-unité du protéasome Rpn11, qui joue un rôle particulier et encore mal compris dans la biogenèse mitochondriale. Ses travaux sur les relations entre protéasome et mitochondrie lui permettent de mettre à profit l’expertise acquise au Texas et elle dirigera deux thèses sur cette thématique.

Cette période marque aussi la naissance du tandem des « Agnès R&D », puisque qu’elle commence à interagir avec Agnès Rötig, qui dirige à l’hôpital Necker l’équipe INSERM de génétique des maladies mitochondriales. Agnès R. viendra en année sabbatique à l’IGM, puis Agnès D. ira ensuite de 2005 à 2007 en sabbatique à l’hôpital Necker. Ces échanges marquent le début d’une collaboration toujours en cours et d’une remarquable complicité scientifique et amicale entre les deux Agnès. Agnès D. deviendra chef d’équipe à l’IGM en 2008 puis directeur de recherche en 2010. Une douzaine d’articles sont publiés de 2007 à 2017, identifiant dans des gènes nucléaires variés les mutations responsables de maladies mitochondriales mais aussi d’un type de mort subite du nourrisson. Dans ces diverses études, Agnès D. apporte sa grande culture scientifique et exploite la grande conservation évolutive de nombreuses fonctions mitochondriales pour démontrer que le gène humain une fois muté ne peut plus remplacer fonctionnellement son gène homologue de levure ou de C. elegans, validant ainsi le caractère pathogène de la mutation.

Forte de ces modèles puissants des fonctions mitochondriales et de ses connaissances sur les protéines PDR, Agnès a ensuite rejoint un consortium d’équipes financées par la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM) puis l’Association Française contre les Myopathies (AFM), qui vise à identifier des molécules-médicaments par repositionnement thérapeutique pour permettre d’améliorer le quotidien des malades atteints de maladies mitochondriales. Ce projet sera le grand cheval de bataille d’Agnès dans la dernière partie de sa carrière, et elle dirigera deux thèses sur cette thématique notamment en lien avec les défauts de l’ADN polymérase mitochondriale. Ainsi depuis 15 ans, elle a constamment œuvré pour relier ses travaux très fondamentaux à des questions sociétales importantes en faisant le pont entre recherche académique et recherche médicale.

Son décès laisse un grand vide pour toute la communauté travaillant sur ces dysfonctionnements mitochondriaux et pour les nombreux étudiants qu’elle a formés et accompagnés pendant toutes ces années, en conjuguant excellence et bienveillance. Toujours disponible et au service de la collectivité, Agnès a aussi été fortement impliquée dans la vie des unités dans lesquelles elle a travaillé en endossant de multiples casquettes. Elle a été adjointe du Chef de Département de Biologie Cellulaire Renaud Legouis depuis la création de l’I2BC en 2015 et était membre de la Cellule "Déontologie et Intégrité scientifique" depuis 2020. Ces fonctions demandent non seulement une grande force de travail, une large culture scientifique et une insatiable curiosité d’esprit, mais aussi du temps, de l’écoute, de la diplomatie, de l’intelligence, de la finesse et de l’imagination pour trouver des solutions à des problèmes de relations humaines. Elle a aussi œuvré sans relâche pour la mise en place de l’I2BC en étant membre de nombreux comités pour l’organisation des séminaires, retraite de chefs d’équipe, club mitochondrie, la gestion de l’équipement ou le suivi du projet immobilier, qu’elle traitait avec le même niveau de sérieux et d’implication que ses fonctions au comité de direction de l’institut. Il est d’autant plus triste que malgré cet investissement hors norme, elle ne verra pas l’aboutissement de son implication pour l’organisation de l’unité et l’emménagement dans les nouveaux locaux.

Tournée vers les autres, Agnès était une personnalité solaire, pleine de vie et passionnée par son métier. Elle avait toute notre affection et sa disparition va laisser au sein de notre communauté un vide immense. Pour rendre hommage à Agnès, à ses qualités scientifiques et humaines ainsi qu’à son investissement pour notre institut et lui témoigner toute notre attachement et notre reconnaissance, une journée consacrée au fil conducteur de sa carrière, l’étude des fonctions et dysfonctions mitochondriales, sera organisé à l’I2BC en 2021.

L’ensemble de l’I2BC s’associe aux collaborateurs de longue date en France et à l’étranger et aux étudiants d’Agnès pour soutenir sa famille, ses amis et les membres de son équipe. Nous leur souhaitons à tous la force nécessaire pour, si ce n’est accepter, apprendre à vivre avec cette douloureuse absence.

par Communication - publié le